Quand la photo ne suffit plus pour le marketing digital
Au cours de mes dernières années chez Grand Shooting, j'ai constaté une chose simple : la photographie, dans sa forme classique, n'est plus toujours suffisante pour répondre aux besoins du marketing digital.
Prenons un exemple.
Vous êtes une maison de souliers. Vous lancez votre propre site e-commerce : un espace créatif que vous maîtrisez totalement. Vous établissez votre charte, produisez vos shootings, publiez vos images. Succès.
Le site e-commerce de la marque ODAJE. Notez le fond crème et le gabarit format portrait.
Naturellement, vous voulez ensuite étendre votre visibilité via des marketplaces comme Galeries Lafayette, Farfetch ou La Redoute. Mais ces plateformes imposent leurs propres chartes visuelles. Résultat : il faut refaire des shootings… un par marketplace. On imagine vite la facture.
Capture d'écran du site des Galeries Lafayette : on note cette fois un gabarit au format carré avec un fond gris neutre.
Ces dernières années, des solutions propulsées par IA ont changé la donne. Chez Grand Shooting par exemple : détourage automatique, application de fonds, respect des gabarits, mise en page multi-plateformes. Une boîte à outils qui permet aux marques de multiplier leur présence à moindre coût.
Mais la photo a ses limites structurelles :
- impossible de changer l'angle de vue après la prise,
- impossible de modifier l'éclairage,
- impossible de varier la profondeur de champ.
Tout est figé à la capture.
Dès lors, je me suis mis en quête d'un format plus résilient : la 3D.
Photogrammétrie : un pont entre photo et 3D
La photogrammétrie part d'un processus photographique très classique : on photographie un objet sous toutes ses coutures (200–300 vues nettes et HD), puis un logiciel comme Reality Scan recale ces images dans l'espace, détecte les points communs et reconstruit un mesh 3D texturé.
Extrait d'une prise de vue destinée à réaliser une photogrammétrie.
- Côté client : rien ne change. Le studio reste cette "boîte noire" où l'on envoie des cartons pour en récupérer des visuels.
- Côté studio : seules quelques adaptations matérielles sont nécessaires (plateau tournant, lumière polarisée).
- Bonus : avec un mesh 3D, on peut décliner les textures. Un seul soulier shooté, puis des variations de coloris appliquées en post-production.
Résultat d'un calcul de photogrammétrie : on obtient d'un côté un volume (mesh), sur lequel on peut ensuite venir appliquer une texture photo (appelée map) et éditer l'ensemble à loisir.
Mais la photogrammétrie a ses limites : elle échoue sur les objets mobiles (tissu), transparents (verre), ou trop lisses (métaux brillants). C'est pourquoi elle n'a pas explosé comme on aurait pu l'imaginer en e-commerce.
Gaussian Splatting : la révolution silencieuse
Arrive alors le Gaussian Splatting.
Ici, on ne cherche pas à reconstruire un volume par vertices et faces. Chaque point devient une petite "source de lumière" (radiance field). En accumulant des millions de ces points colorés, on obtient un rendu 3D extrêmement réaliste.
Aperçu de Postshot, un logiciel de Gaussian Splatting. On observe ici l'alignement des caméras dans l'espace, similaire à la méthode photogrammétrique.
- Rapide : 30 minutes de calcul suffisent.
- Léger : fichiers plus petits que la 3D classique, exploitables directement dans un navigateur web.
- Tolérant : plus de souci avec les reflets ou la transparence.
Limite : comme on ne modélise pas, mais qu'on capture, il est impossible de modifier la structure de l'objet après coup. Mais pour afficher un produit navigable en e-commerce, c'est une avancée majeure.
À gauche, le résultat du Gaussian Splatting — À droite, une vue très zoomée où l'on perçoit les splats.
Quand l'IA boucle la boucle
Un dernier obstacle demeure : en shooting, il faut fixer les produits avec des supports (fils, pinces). Comment les supprimer sur 200–300 images ?
Hier, c'était un casse-tête. Aujourd'hui, grâce à l'IA, on peut automatiser ces retouches : on corrige une image manuellement, puis on entraîne un script à reproduire la même logique sur les autres.
Résultat : en moins d'une heure, un produit devient un modèle 3D interactif, propre, léger et publiable directement sur un site e-commerce.
Conclusion
De la photographie à la photogrammétrie, puis au Gaussian Splatting, une tendance claire se dessine : l'image devient un espace navigable.
Demain, pour un soulier comme pour un flacon de parfum, faudra-t-il encore parler de "prises de vue" ?
Ou plutôt de captures immersives, ouvertes et infiniment modulables ?
Cet article fait partie d'une série sur l'IA appliquée à l'industrie de l'image.
